Tabac Cavité buccale |
| Créé le 28/10/2005 |
Auteur : F. Siberchicot |
(Mis à jour le 27/10/2006) |
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Le tabac a de nombreuses conséquences
négatives sur la santé de la cavité buccale, qui vont des simples répercussions
esthétiques aux cancers.
Si l’association alcool-tabac
est reconnue comme facteur de risque favorisant les lésions malignes de la
cavité buccale, le tabac à lui seul est à l’origine de plusieurs types de lésions.
Si
on connaît l’action néfaste du tabac sur la vascularisation et en
particulier sur la microvascularisation, il affecte également le système
immunitaire humoral, l’immunité celllulaire et les systèmes inflammatoires
(Kinane, 2000).
I - Les lèsions malignes (Guilbert,
1997)
1
- les lésions précancéreuses
Elles
sont définies par des « altérations tissulaires au sein desquelles le
cancer apparaît plus souvent que dans le tissu normal homologue » (OMS).
Les aspects les plus fréquents sont représentés par les lésions blanches ou
leucokératoses :
- essentiellement sous la forme de leucoplasie (homme, de plus de 50 ans, gros
fumeur)
- et le lichen plan moins intriqué avec le tabac
Les
autres aspects sont l’érythroplasie (plaque rouge très diffuse), la
dysplasie pré-épithéliomateuse et la papillomatose orale floride qui est, en
fait, un carcinome verruqueux.
2
- les
cancers de la cavité buccale et des lèvres
Epidémiologie
Il faut rappeler quelques chiffres
- 80 à 96% des porteurs de cancers des Vads (voies aéro-digestives supérieures)
sont des fumeurs
- l’augmentation du risque de cancer va de 6 à 25% chez les fumeurs
- la durée de l’intoxication a une influence sur
le risque qui augmente significativement après 20 ans d’intoxication pour les
fumeurs dépassant 20 cigarettes par jour
Mais
en fait 75% à 90% des cas sont dus à l’action combinée de la consommation
d’alcool et de tabac. Ainsi le risque de développer un carcinome buccal est 2
à 4 fois plus élevé chez les fumeurs non consommateurs d’alcool. Le risque
d’en être atteint est 6 à 15 fois plus important chez les grands fumeurs
gros consommateurs d’alcool, en comparaison avec les non-fumeurs et les
non-consommateurs d’alcool.
Il
faut de plus insister sur le fait que le pourcentage de récidives après cancer
de langue passe de 3% chez les non-fumeurs à 30-40% chez les gros fumeurs et la
survie est 2 fois plus importante chez les patients ayant arrêté de fumer.
Clinique
Plusieurs aspects cliniques sont retrouvés.
Il y a tout d’abord les formes caractéristiques : ulcéreuse, végétante,
ulcéro-végétante, fissuraire.
Les aspects particuliers sont représentés par le nodule interstitiel, la forme
infiltrante ou ulcéro-infiltrante, les formes en surface avec la forme érosive
superficielle et la forme papillomateuse
hyperkératosique
A
l’examen il faut rechercher l’induration et le saignement au contact.
La biopsie confirmera le dignostic en général évident à l’examen clinique.
Dans 95% des cas il s’agit d’un carcinome épidermoïde ou épithélioma
spinocellulaire. On recherchera l’existence d’adénopathites cervicales. Le
reste du bilan permettra de rentrer dans la classification TNM définie par
l’Union International Contre le Cancer.
Les
localisations les plus fréquentes sont la langue, le plancher buccal, la joue,
les gencives, la commissure
intermaxillaire.
Les
cancers des lèvres intéressent à 91% la lèvre inférieure à cause du
traumatisme direct par contact de la cigarette, du traumatisme par brulûre, des
produits nocifs, et des UV dus au soleil qui tombent perpendiculairement.
Au
départ on est en présence d’une croûte qui tombe et se reforme
continuellement avant de prendre un aspect classique, ulcéré ou bourgeonnant
ou les deux et de présenter une induration.
II
- Les lésions non malignes
Si
le tabac peut être à l’origine d’une mauvaise haleine, il va être surtout
être responsable de :
1 -
troubles
du goût et de l’odorat
-
par réactions inflammatoires provoquées par la fumée de cigarette
- par assèchement de la bouche
- par la saveur prononcée du tabac qui fait que son goût très marqué masque
la saveur des aliments
- par le goût du tabac qui se prolonge et demeure longtemps en bouche
2 - modifications
de la coloration des dents
-
par dépôt de goudron et de certains produits secondaires à la pyrolyse de la
cigarette difficiles à enlever au brossage (Mirbod,
2000)
- ce qui favorise l’accumulation de la plaque dentaire, responsable de
caries et de parodontite
3
- lésions des gencives
a – la mélanose du fumeur touche autour de 30% des fumeurs . Elle se
présente sous la forme d’une pigmentation brunâtre de la gencive attachée
et est la conséquence de l’augmentation de la production de mélanine par les
mélanocytes. Toujours avoir en mémoire le risque de mélanome.
b - la affections parodontales ou parodontites
(Grossi,
2004) :
elles se définissent par une destruction des tissus de support de la dent. Il a été montré (Haber,
1993)
que le risque de développer une parodontite est quatre fois plus élevé pour
un gros fumeur par
- l’action locale en raison de la chaleur de la combustion et des
produits toxiques secondaires à la pyrolyse
- et l’action systémique du fait de :
l’action
vasoconstrictrice de la nicotine sur les vaisseaux sanguins expliquant une
diminution du saignement gingival chez le fumeur
la
réduction plus rapide de la masse osseuse avec os moins minéralisé à cause
des perturbations hormonales provoquées par la nicotine
la
présence de bactéries dans la plaque dentaire et modification de la réponse
immunitaire à une infection bactérienne, de façon à favoriser une plus
grande destruction ou un destruction accélérée de l’attachement parodontal
et de l’os alvéolaire. Ceci explique que les fumeurs produisent des dépôts
plus importants de plaque dentaire et présentent un nombre plus important de
bactéries spécifiques
Sur
le plan clinique on peut observer des récessions gingivales, des dépôts de
tartre, des mobilités dentaires, des rougeurs et œdème des gencives, des
saignements au brossage, du pus autour de la dent, et la destruction des
papilles interdentaires.
Au
total l’arrêt du tabac est à recommander pour prévenir les nombreuses lésions
buccales dues au tabagisme et le risque
de cancer de la cavité buccale le justifie à lui seul.
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Réf
:
Kinane
DF, Chestnutt IG. Smoking and periodontal disease. Crit Rev Oral Biol
Med 2000 ;11:356-65
Guilbert F
et Szpirglas H. Cancers de la cavité buccale : étude clinique. Encycl
Med Chir (Elsevier, Paris), Stomatologie/Odontologie, 22-063-A-10,
1997, 8p
Mirbod
SM, Ahing SI. Tobacco-associated lesions of the oral cavity: Part I
Nonmalignant lesions. J Can Dent Assoc 2000;66:252-6
Grossi
SG. Effect of tobacco smoking and alcohol use on periodontal deseases.
Dans : Rose, LF, Mealy, BL., Genco, RJ, Cohen DW.
Periodontics-Medecine, surgery, and implants. Elsevier. Mosby.2004;Chapitre
34: 868-80
Haber J,
Wattles J, Crowley M, Mandell R, Joshipura K, Kent RL. Evidence
for cigarette smoking as a major risk factor for periodontitis. J
Periodontol 1993;64:16-23
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