Asthme sévère |
| Créé le 21/07/2003 |
Auteur : P. Chanez |
(Mis à jour le 05/12/2006) |
| Révisé le 05/12/2006 |
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Sommaire
- Définitions
- Ampleur du problème
- Autres diagnostics
- Facteurs de risque, déclenchants
et précipitants
- Génétique
- Environnement
- Autres
- Rhino-sinusite chronique
- Médicaments
- Infections aiguës et chroniques
- Asthme prémenstuel
- Psychologie et asthme sévère
- Apnées du sommeil
- Obésité
- Stratégies de prise en charge
et de traitement
- La prise en charge initiale
- 3 grandes catégories (phénotypes)
d'asthme sévère
- Faut-il proposer une prise en charge
thérapeutique
absolue ?
- Surveillance au long cours
L'asthme sévère concerne peu de patients ; cependant le handicap de ces
malades est important et leur qualité de vie est largement altérée.
Les coûts directs et indirects générés sont importants liés aux séjours
hospitaliers, à l'absentéisme et aux reclassements professionnels.
Définitions
L'asthme sévère nécessite une approche diagnostique
cohérente :
réaffirmer la réalité du
diagnostic d'asthme,
apprécier avec les moyens
actuels l'observance thérapeutique de
ces patients,
apprécier les co-morbidités associées à l'asthme et dans
quelles proportions elles interfèrent avec le contrôle de l'asthme et
l'observance thérapeutique.
L'asthme sévère représente une entité clinique caractérisée
par un patient non
contrôlé au niveau de ses symptômes malgré un traitement qualifié d'optimal
(selon les recommandations internationales du GINA par exemple) et
un suivi
spécialisé d'au moins six mois.
A partir, de ces pré-requis on peut parler d'asthme sévère (2005).
Plusieurs phénotypes sont associés à cette notion d'asthme sévère
:
patients
avec des exacerbations fréquentes (asthme presque mortel,
séjours fréquents aux urgences, séjours en réanimation, asthme soudain et
grave)
patients
dont l'obstruction bronchique est peu réversible et dont le
handicap respiratoire est important (VEMS/CVL < 70%, absence de
réversibilité de plus de 12% après
b2-agonistes ou une cure courte
de corticoïdes par voie générale)
ces patients reçoivent, avec ou sans succès, des doses importantes de
corticostéroïdes par voie inhalée ou même des corticoïdes par voie orale
(corticodépendance, corticorésistance)
Ampleur du problème
Les données épidémiologiques accordent entre 5 et 10% des cas d'asthme à
l'asthme sévère.
En France, selon les caractéristiques du GINA : 17% des patients ont des
symptômes quotidiens, 9% ont un VEMS de moins de 60% des valeurs théoriques et
5% reçoivent un traitement de corticostéroïdes inhalés
≥ 2000µg.
Autres diagnostics
Associés à l'asthme
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Enfants
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Adultes
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Anomalies congénitales |
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Déficits immunitaires |
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Mucoviscidose |
Mucoviscidose |
| Bronchiolites oblitérantes |
Bronchiolites oblitérantes |
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Dysfonction des cordes vocales
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Dysfonction des cordes vocales |
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Dyskinésies ciliaires |
Dyskinésies ciliaires |
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Dilatations des bronches |
Dilatations des bronches |
Obstruction des voies aériennes centrales
- corps étranger
- trachéo-bronchomalacie |
Obstruction des voies aériennes centrales
- corps étranger
- tumeur
- sarcoïdose
- trachéo-bronchomalacie |
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BPCO |
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Cardiopathie |
| |
Maladie thromboembolique |
| |
Mycoses broncho-pulmonaires
allergiques |
| |
Vascularites à
éosinophiles (Churg et Strauss) |
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Evolution des pneumonies chroniques à
éosinophiles |
| |
Amylose bronchique |
| |
Inhalations
récidivantes |
Facteurs de risque, déclenchants et précipitants
Génétique
Polymorphismes
de la région du promoteur de l'IL-4,
impliquée
dans la production d'IgE
Polymorphismes
d'expression du TGF-béta 1
Polymorphismes
de la métalloprotéase ADAM 33, impliquée dans la prolifération des fibroblastes
et des cellules musculaires lisses
Polymorphisme
du récepteur béta 2-adrénergique
Environnement
Exposition
allergénique
La persistance d'une exposition allergénique est souvent en cause (chat,
blattes). Une exposition massive allergénique est plus difficile à associer au
phénotype de l'asthme sévère chronique.
Une relation avec certaines
sensibilisations comme alternaria,
aspergillus fumigatus est
connue et rapportée dans la
littérature, sa réalité clinique est moins claire.
Tabagisme
Il peut aggraver l'asthme et diminuer l'efficacité des traitements
Exposition
professionnelle
Autres
Reflux gastro-eosophagien
Il est souvent évoqué comme facteur de sévérité de l'asthme. Il doit
être recherché et traité, cependant si des succès anecdotiques sont connus,
il est rarement seul en cause et un traitement par inhibiteurs de la pompe à
protons de six mois sans modification du contrôle de l'asthme est un test
thérapeutique suffisant.
Rhino-sinusite chronique
Elle est associée de façon quasi systématique au tableau d'asthme
sévère. Elle doit être diagnostiquée en clinique (symptômes et examen ORL)
et parfois nécessite une approche en imagerie (TDM des sinus). Un traitement
médical est nécessaire pour au moins six mois (corticoïdes intranasal) et en
cas d'échec un avis ultra-spécialisé est parfois nécessaire (rhinologue connaissant
l'asthme) pour envisager en fonction de la gène fonctionnelle, et
au cas par cas, un traitement chirurgical (ethmoïdectomie endo-nasale).
Médicaments
L'intolérance à l'aspirine doit être recherchée par l'anamnèse et en cas
de doute important un test de provocation par voie inhalée peut confirmer le
diagnostic. Ce test doit être réalisé dans une structure possédant toutes
les garanties d'expertise et de sécurité pour les patients.
Les autres médicaments,
b-bloquants, inhibiteurs de l'enzyme de
conversion sont eux aussi à rechercher quelle que soit leur forme
d'utilisation.
Infections
aiguës et chroniques
Les infections virales et bactériennes hivernales sont souvent évoquées à
l'origine des exacerbations. Il convient en particulier pour les bactéries de
démontrer leur réalité. La vaccination anti-grippale est recommandée, la
vaccination anti-pneumoccocique n'a pas reçu d'attention particulière dans
cette indication. Les infections latentes ou persistantes (Chlamydia
pneumoniae) sont évoquées sans
preuve tangible à ce jour. La coexistence de dilatations de bronches
symptomatiques ou non a fait proposer des traitements antibiotiques au long
cours à titre de test thérapeutique. C'est toujours possible à condition de
se fixer des objectifs dans le temps (diminution du nombre d'exacerbations
sur un an par exemple).
Asthme
prémenstruel
C'est en fait une éventualité rare qui peut conduire cependant à des
séjours hospitaliers itératifs. En cas de doute, le suivi attentif des
variations du débit de pointe au cours de plusieurs cycles successifs en
éliminant les facteurs confondants permettent d'assurer le diagnostic. Il
existe de nombreuses théories hormonales de l'asthme, mais à l'heure actuelle
la relative insensibilité aux glucocorticoïdes des épisodes les plus graves
plaide en faveur d'interactions entre hormones sexuelles et glucocorticoïdes.
Le facteur nucléaire NF-kB semble important dans la mesure ou son inhibition
semble la clé de l'action anti-inflammatoire des glucocorticoïdes. Un
traitement par progestérone ainsi que l'utilisation de LHRH par voie générale
ont été rapportées ; cependant les effets secondaires et l'inconstante
efficacité de ces attitudes thérapeutiques incitent à la prudence dans leur
utilisation surtout à titre de test thérapeutique.
Psychologie
et asthme sévère
C'est une constance dans les maladies chroniques et chez les patients peu
observants, on incrimine des profils psychologiques particuliers. Le
retentissement de la sévérité de l'asthme sur le psychisme est mal évalué
et le caractère angoissant de l'asthme non-contrôlé est aisé à comprendre.
Dans les études de patients ayant séjourné en réanimation, des traits
psychologiques anormaux sont décelables, mais aucun portrait robot n'est
possible. Le stress est un facteur important de décompensation de l'asthme. Les
effets pris en charge et "docteur dépendance" de ces patients
plaident en faveur d'une contribution importante du psychisme. L'utilisation de
certains anti-dépresseurs semble intéressante bien que d'autres études soient
nécessaires. Les anti-dépresseurs ont pour qualité de se concentrer dans le
poumon et d'interférer avec le NF-kB ce qui pourrait potentiellement expliquer
leur efficacité. Le rôle de la sérotonine suspecté n'est pas tout à fait
démontré. Ces aspects psychologiques sont associés à des difficultés
d'observance thérapeutique. Il faut évaluer l'état psychologique de ces
patients et les aider par une prise en charge psychiatrique personnalisée
utilisant psychothérapie et chimiothérapie anti-dépressive. Ces facteurs
psychologiques délétères s'intègrent souvent dans un contexte de pauvreté
sociale, familiale et économique qui complique encore plus la prise en charge
et vient souvent à bout des meilleures résolutions.
Apnées
du sommeil
Facteur déclenchant potentiel des crises d'asthme nocturne
Obésité
Ces patients n'ont pas plus d'atteinte fonctionnelle respiratoire mais ont
plus de facteurs de co-morbidité
Stratégies de prise
en charge et de traitement
Il est important d'avoir
une stratégie diagnostique et thérapeutique en
face d'un patient souffrant d'asthme sévère.
Tout d'abord cette démarche doit
s'inscrire dans la durée et un suivi spécialisé d'une année nous semble un
minimum requis. Ce suivi permet de mieux connaître les patients, de juger de la
réalité de l'observance, d'envisager leur environnement et de confirmer ou
d'infirmer les facteurs favorisants repérés lors de l'entretien initial.
La prise en charge initiale doit être longue reprenant l'histoire de
l'asthme, et approchant la sévérité et le contrôle récent. Il faut profiter
de cette première rencontre pour affirmer le diagnostic de l'asthme et exclure
les diagnostics différentiels tout en admettant les formes frontières
éventuelles avec les BPCO qui bénéficieraient de façon positive d'un test de
réversibilité aux corticostéroïdes.
Apprécier l'observance thérapeutique est souvent une gageure. Il faut
utiliser de façon optimale les moyens à notre disposition : interrogatoire
clinique, connaissance du nom et du rôle des médicaments, utilisation des
thérapeutiques inhalées et dosages des médicaments dosables
(corticostéroïdes oraux et théophyllines). Sur le long terme, on peut juger
de la qualité de la tenue d'un carnet de bord, de l'utilisation d'un débitmètre
de
pointe électronique ou de compteurs de doses électroniques. L'aide potentielle
des pharmaciens doit aussi être envisagée. Enfin, l'existence d'effets
secondaires aux traitements est potentiellement un reflet de l'observance
thérapeutique. Un test thérapeutique sous observation directe est souvent la
pierre finale de cet édifice qui demande à être mieux construit et validé
pour une utilisation simple en pratique médicale courante.
Un séjour hospitalier ambulatoire ou une hospitalisation conventionnelle
peuvent permettre une rupture avec les habitudes passées et la réalisation
d'une stratégie diagnostique incluant des analyses biologiques, fonctionnelles
et morphologiques permettant de répondre aux différentes questions : s'agit-il
vraiment d'asthme ? l'observance thérapeutique est-elle en cause ? L'asthme
est-il réellement difficile ? Les facteurs favorisants et déclenchants
demandent à être recherchés de façon précise en utilisant toutes les
compétences en allergie alimentaire et médicamenteuse, et une connaissance de
l'environnement en n'hésitant pas à se rendre au domicile des patients. Un
spécialiste O.R.L. ou gastro-entérologue sera sollicité pour attester de la
réalité du problème de la rhino sinusite ou du RGO et sa relation éventuelle
ou dissociée avec les symptômes respiratoires. Le suivi au long cours
permettra d'authentifier la réalité de l'asthme prémenstruel en corrélant le
suivi du débit de pointe (électronique de préférence) et les dates des
règles.
On peut ainsi distinguer 3 grandes catégories (phénotypes)
d'asthme sévère
Asthme avec
exacerbations sévères et fréquentes (dont : "brittle
athma" ; asthme fatal ou presque fatal) ; il faut chercher attentivement les
facteurs déclenchants de ces crises
Asthme avec
obstruction bronchique fixée (remodelage)
Asthme
dépendant des corticoïdes oraux (cortico-résistance)
Faut-il proposer une prise en charge thérapeutique absolue ?
En fait,
il convient d'adapter les traitements à chaque patient en simplifiant au
maximum les schémas thérapeutiques. Il faut répondre à des objectifs
thérapeutiques définis et, dans le suivi, observer l'adéquation entre ces
objectifs et leurs réalisations pratiques.
Tous les traitements de l'asthme doivent être utilisés, cependant il
convient d'être extrêmement prudent avec les thérapeutiques non-validées en
particulier les immunosuppresseurs dont l'utilisation doit se faire
exclusivement dans le but d'épargner les corticostéroïdes oraux avec des
objectifs clairement définis. Il convient de tester les nouveaux traitements
immunologiques en gardant un esprit critique et en insistant sur la
spécificité de l'inflammation des patients cortico-dépendants. Il n'existe
pas de traitement anti-neutrophilique validé à l'heure actuelle.
Certains
patients sont surtout remarquables par leur grande instabilité et leur haut
degré de réactivité bronchique. Une modulation spécifique de la réactivité
du muscle lisse bronchique et du contrôle neurologique des voies aériennes
devraient recevoir plus d'attention chez ces patients.
L'éducation de ces patients est un élément essentiel de leur prise en charge.
Les programmes de réhabilitation peuvent être très utiles pour ces malades
handicapés, souvent inactifs et victimes des effets secondaires de la
corticothérapie générale..
Surveillance au long cours
L'EFR est moins utile dans la mesure où ces malades ont
développé une obstruction bronchique fixée, peu réversible.
Evaluation de l'inflammation par mesure du NO expiré, comptage des cellules
inflammatoires dans l'expectoration.
Qualité de vie évaluée par le malade.
Conclusion
L'asthme sévère nécessite
aujourd'hui :
une approche « ultra-spécialisée » dans
le temps,
une écoute et une prise en charge singulière
pour chaque patient,
des tests thérapeutiques aux objectifs clairs sur une durée définie à l'avance,
une grande
ambition pour chaque patient mais clairement une grande modestie sur les
possibilités actuelles de régler définitivement le
problème,
un effort de
recherche dans tous les domaines, de la biologie moléculaire
jusqu'à l'épidémiologie à partir de phénotypes cohérents.
Bibliographie
complémentaire :
Berry MA,
Hargadon B, Shelley M, Parker D, Shaw DE et al. Evidence of a role
of tumor necrosis factor a in refractory asthma. N Eng J Med 2006;354
:697-708
Chung
KF, Blanc FX. Asthme sévère : comment mieux faire ? Rev Mal Respir
2003;20:495-500
Siroux V, Oryszczyn MP, Varraso R, Le Moual N, Bousquet J et al. Facteurs
environnementaux de l'asthme sévère et de l'allergie :
résultats de l'étude EGEA. Rev Mal Respir 2007;24:599-608
The
ENFUMOSA Study Group. The ENFUMOSA cross-sectional European multicentre
study of the clinical phenotype of chronic severe asthma. Eur Respir J 2003;22:470-7
Robinson DS,
Campbell DA, Durham SR, Pfeffer J, Barnes PJ, Chung KF for the asthma
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