Tumor necrosis factor |
| Créé le 18/07/2003 |
Auteur : JF. Moreau |
(Mis à jour le 07/12/2007) |
| |
|
|
| |
|
|
Sommaire
- Le TNF et la "TNF super Family" (TNFSF)
- Origine
- Activités biologiques
- Physiologie
- Thérapeutique
- Indications
- Cas particulier : asthme
Le TNF et la "TNF super
Family" (TNFSF)
Le terme Tumor Necrosis Factor ou TNF cache en fait une
réalité complexe.
On en connaît deux espèces, dénommées
alpha ou
cachectine
béta ou lymphotoxine.
La plupart du temps aucune distinction
n'est faite entre les deux, ce qui est incorrect.
Le paysage est encore plus
complexe car le TNF est membre d'une famille de molécules solubles ou
membranaires structuralement proches et utilisant des récepteurs eux-mêmes
similaires. Les activités biologiques étant elles aussi généralement
proches, bien que ceci ne soit pas obligatoire. D'ailleurs, la nouvelle
nomenclature tient compte de cette notion importante de famille car elle note
ces différentes entités "TNF super family (TNFSF)" suivi d'un
chiffre de 1 à 20 pour l'instant.
Dans cette courte note nous ne parlerons que
du TNF alpha ou TNFSF2 de la nouvelle nomenclature.
C'est une protéine
non-glycosylée composé de 157 acides aminés (aa) pour l'espèce humaine donnant un
poids moléculaire de 17 kD. C'est probablement l'ancienne toxine de Cooley,
induite par un choc septique destiné à traiter les patients atteints de
certains cancers, il y a de cela 70 ans !!
Origine
Il est produit à partir du clivage
d'un précurseur membranaire de 233 aa par une métalloprotéase appelée TACE
pour TNF alpha converting enzyme.
Il peut exister sous forme membranaire ou à l'état soluble, il est le plus souvent
homotrimérique. C'est sous cette
forme qu'il est biologiquement actif, la polymérisation étant importante comme
nous le verrons plus loin, et démontrée par les images en trois dimensions
obtenues en diffraction aux rayons X. On voit déjà que les propriétés liées
à son état soluble dépendent de la TACE et que compte tenu des activités pro-inflammatoires
majeures du TNF que nous allons voir, l'inhibition de la TACE
représente un enjeu thérapeutique important dans une visée
anti-inflammatoire.
Il n'existe qu'un seul gène connu pour le TNF alpha codé
sur le chromosome
6 au milieu du complexe majeur d'histocompatibilité, c'est à
dire entre les gènes codant pour les HLA de classe I et ceux de classe II chez
l'homme. Les gènes codant pour les TNF alpha et béta sont proches l'un de
l'autre exactement comme c'est le cas chez la souris sur le chromosome
synténique 17.
Il est produit en majorité par les cellules de l'immunité
innée comme les monocytes, les macrophages, les neutrophiles, les cellules NK
après stimulation par les LPS bactériens. Parmi les lymphocytes T, ce sont
surtout les CD4 qui le produisent. Il peut aussi être produit par d'autres
cellules que celles du système immunitaire comme les astrocytes, les
fibroblastes et les cellules musculaires lisses, ce qui serait important dans la
constitution et l'entretien des plaques d'athérome par exemple.
Sa sécrétion
est induite par des stimuli variés dont les interférons,
l'IL2, la
bradykinine, le GM-CSF, les immuns complexes, le platelet activating factor (PAF),
les
inhibiteurs
de
la
cycloxygénase par exemple. Par contre sa production est inhibée par le TGF
béta, l'IL6, l'IL10, les corticoïdes, la cyclosporine
A,
la prostaglandine E2.
Activités biologiques
Les
nombreuses activités biologiques du TNF alpha sont identiques à celles du TNF
béta, bien que celui ci ait une activité spécifique moindre (activité biologique
divisée par la quantité de protéine ; plus le numérateur est grand, plus l'activité
spécifique est élevée).
Son nom provient
de sa capacité à lyser de nombreuses lignées tumorales dont les cellules vont
entrer en apoptose après avoir été exposées à des concentrations de l'ordre
du picomolaire (10-12M)
de TNFa.
In vivo
dans les tumeurs, il occasionne des hémorragies et finalement
la destruction tumorale. Il augmente les propriétés de phagocytose et
cytotoxiques des neutrophiles qu'il active et il module la production de plusieurs
facteurs dont des cytokines comme l'IL1 ou l'IL6.
Il inhibe
la croissance des
cellules endothéliales in vitro mais se montre angiogénique in vivo, cette
activité se trouvant inhibée par l'IFN
g.
Il possède une activité
procoagulante à l'origine de plusieurs processus pathogènes comme les
thromboses veineuses, les vascularites, la coagulation vasculaire disséminée
et l'athérosclérose.
Il induit la synthèse d'un certain nombre de facteurs
chimiotactiques permettant le ciblage tissulaire d'effecteurs cellulaires.
Il
active des ostéoclastes et provoque ainsi la résorption osseuse.
Il augmente
la synthèse des molécules HLA de classe I et II sur les cellules du système
immunitaire, conduisant à une nette augmentation de la présentation aux
lymphocytes T des antigènes, et augmentant en cela la réponse immunitaire. Cet
effet est potentialisé par un autre effet qui consiste à induire la maturation
des cellules dendritiques pour qu'elles deviennent des cellules présentatrices
de l'antigène efficaces.
Comme l'IL1 et l'IL6, il stimule la synthèse d'ACTH
et il participe ainsi à une boucle de régulation négative de sa production
via l'axe hypophysaire.
Son implication dans les lésions de sclérose en
plaques s'explique par sa capacité à faire proliférer les cellules de la
microglie et astrogliales et à induire une démyélinisation.
C'est une
cytokine
redoutable à l'origine des manifestations létales des chocs septiques à
bactéries gram négatives, des neuropaludismes, jouant un rôle dans les
éclampsies. Il est indispensable dans la résistance contre la listériose et
en général contre les bactéries intracellulaires, ce qui explique que les
thérapeutiques visant à le diminuer soient génératrices d'incidents ou
d'accidents infectieux impliquant ce type de bactéries (ex : tuberculose)
comme après l'administration d'infliximab ou d'éthanercept.
Physiologie
Tous ces nombreux
effets biologiques sont médiés par un récepteur spécifique. Il existe deux
récepteurs pour le TNF. L'un de 75 kD le CD120a est aussi appelé TNF receptor
superfamily 1A, le second de 55kD (CD120b) est aussi dénommé TNFRSF 1B. Ces
deux chaînes sont elles aussi structuralement proches et sont membres d'une
famille caractérisée par l'existence dans leur portion extra-membranaire d'un
module de 44 aa possédant 6 cystéines. Le nombre de ces modules est variable
pour chaque chaîne. Appartiennent à cette famille de récepteurs, le
récepteur au Nerve Growth Factor, et des récepteurs particulièrement
importants en immunologie comme les CD40, CD95, CD30 et bien d'autres. Les deux
récepteurs
sont
capables de fixer les deux espèces de TN (a et b).
La chaîne p55 est exprimée par les
cellules sensibles aux effets cytotoxiques directs du TNF. La p75 est plutôt
exprimée sur les cellules d'origine myéloïde. Les effets différentiels du
TNF sur les cellules peuvent être expliqués par l'expression différentielle des
récepteurs, mais aussi par la présence dans le cytoplasme de protéines
associées aux récepteurs, différentes. Ces protéines permettent la
transduction du signal induite par la fixation du ligand trimérique sur les récepteurs
déjà pré-assemblés.
C'est l'agrégation différentielle des complexes qui, par la
concentration des segments intracellulaires des récepteurs, induit l'activation
des protéines
transductrices qui y sont associées permettant à la cascade biochimique de
s'initialiser. La signalisation de cette famille de récepteurs est relativement
bien connue et complexe. Elle débouche sur l'induction des mécanismes d'apoptose
à l'origine des effets cytotoxiques et la translocation nucléaire d'un facteur
de transcription le NF-kB ubiquitaire et fondamental régulant la transcription
de nombreux gènes actifs dans les phénomènes inflammatoires. C'est
d'ailleurs ce facteur de transcription, clé dans l'inflammation, qui est
la cible des corticostéroïdes. Elle ne sera pas abordée ici. Il existe
des versions
solubles de ces récepteurs capables de capter le ligand et ainsi d'en diminuer
les effets biologiques. Ces TNF-BP pour "binding protein" sont des
troncations de la portion extracytoplasmique des récepteurs. Ils sont présents
dans les urines, le plasma. Certains virus ont d'ailleurs dans leur génome de
tels gènes participant à leur pathogénicité (Pox virus). Le TNF est présent à l'état
normal dans le sérum. Ce n'est pas le cas de toutes les cytokines. Ceci est
probablement dû à la faible affinité du récepteur pour son ligand autorisant
la présence de concentrations non négligeables sans aboutir à l'activation du
récepteur. Il y a aussi le rôle négatif du récepteurs
solubles sur l'effet du ligand qui entre en jeu, exactement comme cela est reproduit
avec l'éthanercept.
Thérapeutique
A des fins thérapeutiques, on utilise des
anticorps monoclonaux pour inhiber le
TNF : infliximab (Remicade®)
; adalimumab (Humira®).
L'EtanerceptÒ
repose sur un concept différent d'inhibition puisqu'il est constitué du
récepteur soluble fusionné à la portion constante d'une IgG par génie
génétique, lui conférant une longue durée de vie. Ceci explique leurs effets
différents en thérapeutique.
Indications
polyarthrite rhumatoïde
maladie de Crohn
spondylarthrite ankylosante
rhumatisme psoriasique
TNF et pathologie respiratoire
(A. Taytard)
Asthme
Le TNFa joue un rôle
critique dans l'initiation et l'amplification de l'inflammation bronchique dans
l'asthme.
Il est produit par les cellules de l'immunité innée. Il peut aussi être produit
par les cellules musculaires lisses.
Il est stocké dans les mastocytes et rapidement libéré lors de la réaction IgE-dépendante.
Il active les molécules d'adhésion conduisant à la migration des éosinophiles et
des neutrophiles dans les voies aériennes.
Il active ces cellules et les cellules épithéliales ce qui conduit à la
libération de médiateurs cytotoxiques, de radicaux de l'oxygène avec pour
conséquence une inflammation chronique et le
remodelage.
Indépendamment de ces effets il agit aussi sur l'hyper-réactivité bronchique.
Les patients avec un asthme réfractaire ont une up-regulation de l’axe
TNFa ;l'etanercept
semble avoir un effet positif modeste sur ce type d'asthme
(Howarth, 2005 ; Berry, 2006)
L'essai d'anti-TNFa dans
l'asthme semble prometteur.
BPCO
Les polymorphismes du tumor necrosis factor (TNFa G-308A et TNFß A252G)
ne sont pas associés au déclin de la fonction respiratoire (Sandford,
2001).
Les sujets avec une BPCO modérée à sévère
ne tirent pas de bénéfice d'un traitement par infliximab (Rennard,
2007).
Tuberculose
Le TNF est indispensable à la défense contre les germes intra-cellulaires.
Une
tuberculose active peut se développer
précocément
après la mise en route d'un traitement par anti-TNFa (Keane,
2001).
Prévention lors
de la prescription d'un traitement par anti-TNFa.
Sarcoïdose
Il y a une augmentation de la sécrétion de TNFa par
les macrophages alvéolaires des malades atteints de sarcoïdose résistant aux
corticoïdes (Ziegenhagen,
2002).
Le macrophage alvéolaire peut relâcher les 2 récepteurs
solubles de TNFa (sTNFRs
capables de bloquer TNFa)
en même temps que TNFa (Dai,
2005).
Effets controversés
des anti-TNFa dans la sarcoïdose pulmonaire : aggravation possible avec
l'etanercept (Utz,
2003),
amélioration
modeste
possible
avec
infliximab
(Baughman, 2001).
Pneumopathies
d'hypersensibilité
La production de TNFa par les macrophages
alvéolaires est augmentée
chez les patients avec HP (Chen, 2004).
Le macrophage alvéolaire peut relâcher les 2 récepteurs
solubles de TNFa (sTNFRs capables
de bloquer TNFa) en même
temps que TNFa (Dai, 2005).
Tabagisme
passif
L’effet du tabagisme passif sur les absences respiratoires des enfants,
diffère
selon le génotype
TNF (Wenten, 2005).
Cancer bronchique
Outre l'apparition de lymphomes, on a aussi décrit la survenue de cancers bronchiques non à petites cellules (cellules positives pour les récepteurs TNF de type 1 et 2) chez des patients de plus de 65 ans, gros fumeurs ou anciens gros fumeurs recevant de l'infliximab ; on a aussi décrit la disparition du cancer à l'arrêt du traitement (Lees, 2008).
Réf
:
Baughman RP,
Lower EE. Infliximab for refractory sarcoidosis. Sarcoidosis
Vasc Diffuse Lung Dis 2001;18:70-4
Berry MA, Hargadon B, Shelley M, Parker D, Shaw DE et al. Evidence
of a role of tumor necrosis factor a in refractory asthma. N Eng
J Med 2006;354 :697-708
Chen B, Tong Z, Nakamura S, Costabel U, Guzman J. Production of IL-12,
IL-18 and TNF-alpha by alveolar macrophages in hypersensitivity pneumonitis.
Sarcoidosis Vasc Diffuse Lung Dis 2004;21:199-203
Dai H, Guzman J, Chen B, Costabel U. Production of soluble tumor necrosis
factor receptors and tumor necrosis factor-alpha by alveolar macrophages
in sarcoidosis and extrinsic allergic alveolitis. Chest 2005;127:251-6
Howarth PH,
Babu KS, Arshad HS, Lau L, Buckley M, McConnell W, Beckett P, Al Ali
M, Chauhan A, Wilson SJ, Reynolds A, Davies DE, Holgate ST. Tumour
necrosis factor (TNF) as a novel therapeutic target in symptomatic
corticosteroid dependent asthma. Thorax 2005;60:1012-8
Keane J, Gershon S, Wise RP, Mirabile-Levens E, Kasznica J, Schwieterman
WD, Siegel JN, Braun MM. Tuberculosis associated with infliximab, a
tumor necrosis factor alpha-neutralizing agent. N Eng J Med 2001;345:1098-104
Lees CW, Wallace WAH, Satsangi J. Resolution of non-small-cell lung cancer after withdrawal of anti-TNF therapy. N Eng J Med 2008;359:320-1
Rennard SI, Fogarty C, Kelsen S, Long W, Ramsdell J et al on behalf
of the COPD investigators. The safety and efficacy of infliximab in
moderate to severe chronic obstructive pulmonary disease. Am J Respir
Crit Care Med 2007;175:926-34
Sandford AJ,
Chagani T, Weir TD, Connett JE, Anthonisen NR, Pare PD. Susceptibility
genes for rapid decline of lung function in the lung health study. Am
J Respir Crit Care Med 2001;163:469-73
Utz JP,
Limper AH, Kalra S, Specks U, Scott JP, Vuk-Pavlovic Z, Schroeder DR.
Etanercept for the treatment of stage II and III progressive pulmonary
sarcoidosis. Chest 2003;124:177-85
Wenten M, Berhane K, Rappaport EB, Avol E, Tsai WW, Gauderman WJ, McConnell
R, Dubeau L, Gilliland FD. TNF-308 modifies the effect of second-hand
smoke on respiratory illness-related school absences. Am J Respir
Crit Care Med 2005;172:1563-8
Ziegenhagen MW, Rothe ME, Zissel G, Muller-Quernheim J . Exaggerated
TNFalpha release of alveolar macrophages in corticosteroid resistant
sarcoidosis. Sarcoidosis Vasc Diffuse Lung Dis 2002;19:185-90
|
|