La
transplantation pulmonaire et cardio-pulmonaire
|
| Créé le 12/06/2008 |
Auteur : C. Dromer
et le Groupe de Transplantation Pulmonaire et Cardio-pulmonaire de Bordeaux |
(Mis à jour le 02/06/2008) |
| |
|
|
| |
|
|
La transplantation pulmonaire est maintenant une thérapeutique validée
pour un certain nombre de maladies parenchymateuses et cardio-vasculaires
pulmonaires ayant échappé à toutes les thérapeutiques
médicales et/ou chirurgicales. Cependant, les résultats, bien
qu’en constante amélioration sont encore décevants avec une
survie à 5 ans qui n’est que de 50%. Par ailleurs, la pénurie
de greffons pulmonaires explique une lourde mortalité sur les listes
d’attente. Il est donc impératif de bien poser les indications et
de respecter les contre-indications.
Cette thérapeutique ne s’adresse qu’à des malades âgés
de moins de 60 ans n’ayant aucune autre défaillance d’organes et
avec le moins possible de facteurs de surmortalité que sont les signes
majeurs d’imprégnation cortisonée, la colonisation par des
germes pan-résistants
ou des micro-organimes particuliers tels que les mycobactéries atypiques
ou les champignons, les antécédents trop récents de
toxicomanie (tabac, alcool, drogues) et bien sûr la fragilité pychologique.
Les principales indications sont au nombre de quatre. La mucoviscidose
représente
l’indication élective de la transplantation bi-pulmonaire.
Les critères d’inscription sur la liste d’attente sont d’ordre
fonctionnel comme le VEMS < 25 % des valeurs théoriques avec
hypoxie et hypercapnie, mais aussi cliniques comme l’antibiodépendance,
la colonisation par des pseudomonas multi-résistants, l’augmentation
du nombre des hospitalisations ou la cachexie croissante. Il ne faut pas
non plus écarter des critères
de qualité de vie très importants à prendre en compte
chez des adolescents et de jeunes adultes. Les critères sont sensiblement
les mêmes pour les patients porteurs de dilatation de bronches.
La
seconde indication, plus discutée dans la littérature,
est la BPCO avec ou sans emphysème et bien sûr l’emphysème
par déficit en alpha1-antitrypsine. L’intoxication tabagique
doit être
arrêtée depuis plus de six mois (et vérifiée)
et les possibilités de chirurgie de réduction de volume
doivent avoir été envisagées. Les critères
fonctionnels sont là aussi l’obstruction très sévère
avec ou sans distension, l’effondrement de la TLCO et les perturbations
gazométriques
ayant imposé le recours à l’oxygénothérapie
et/ou la ventilation non invasive. Un bon critère de gravité est
l’existence d’une hypertension artérielle pulmonaire. Dans cette
indication, tous les types de transplantation peuvent être envisagés
mais la greffe bi-pulmonaire semble être le meilleur choix particulièrement
chez les sujets très jeunes (meilleure survie, meilleurs résultats
fonctionnels, absence de complications du poumon natif laissé en
place..).
La fibrose pulmonaire représente la principale indication
de la transplantation uni-pulmonaire. Encore faut-il être certain
de l’absence de colonisation par un agent pathogène dans ces
poumons très remaniés.
La mortalité très importante sur les listes d’attente
des patients porteurs de fibrose pulmonaire idiopathique de type UIP
mérite de redonner
les critères d’inscription. Si la mise en route d’un traitement
médical
associant corticoïde et autre immunosuppresseur (en général
azathioprine) n’apporte pas d’amélioration et dès le recours à l’oxygénothérapie,
le patient doit avoir un bilan pré greffe très rapide
pour une inscription en urgence. Enfin, la dernière indication
de transplantation est devenue beaucoup plus rare depuis l’apparition
des molécules spécifiques
vasodilatatrices. Il s’agit de l’hypertenson artérielle pulmonaire.
En résumé, le patient porteur d’une HTAP du groupe 1 de
la classification de Venise, qui reste en stade IV de la NYHA malgré un
traitement optimum associant la prostacycline par voie intra-veineuse
et en général
1 ou 2 autres molécules de mécanisme d’action différent
doit être très rapidement mis sur liste d’attente. Les
choix sont alors la transplantation cardio ou bi-pulmonaire.
S’il
est évident que des indications bien posées contribuent à un
meilleur résultat, il n’en demeure pas moins certain que
la transplantation pulmonaire reste une thérapeutique à haut
risque avec de nombreuses complications. La défaillance
primaire du greffon est la première
rencontrée et le plus souvent peu prévisible si
la durée
d’ischémie froide n’est pas trop longue. Incapable de la
prévenir,
les progrès sont allés vers l’utilisation d’assistance
extérieure
telle que l’ECMO qui permet, dans certain cas, d’attendre une
récupération
de la fonction du greffon. Le deuxième groupe de complication
est d’ordre bronchique ou trachéal et concerne les complications
de la cicatrisation des anastomoses. En effet, privé de
la vascularisation artérielle
bronchique, cette cicatrisation peut être difficile et conduire à des
tableaux variant de la sténose aux granulomes ou à la
déhiscence
responsable de médiastinite avec choc septique et trop
souvent décès.
Les complications infectieuses (bactériennes, virales ou
mycotiques) restent la première cause de mortalité à court
terme alors que le rejet aigu pulmonaire est relativement peu
fréquent
depuis l’amélioration du traitement immunosuppresseur.
En revanche, le rejet chronique appelé aussi bronchiolite
oblitérante
est la première
cause de mortalité à long terme et touche plus de
50% des patients. Sa pathogénie est encore mal connue mais
de nombreux phénomènes
y contribuent : mauvais matching HLA, épisodes de rejet
non ou mal traités, infections à cytomégalovirus,
physiologie du poumon transplanté, reflux gastro-oesophagien,
hypogammaglobulinémie…Sa
prévention est impossible mais l’amélioration de
la prise en charge des malades permet de retarder l’heure de
son installation
et surtout
sa gravité. Elle reste cependant la principale cause de
retransplantation des malades. Enfin, à côté de
ces complications liées à la
transplantation, il ne faut pas oublier toutes complications
iatrogènes
dont la prévention ou le traitement nécessite une
grande vigilance : insuffisance rénale, HTA, dyslipidémie
sévère,
lymphome malin EBV-induit…
Sur le plan thérapeutique, après
un traitement d’induction (juste après la greffe) qui
peut comporter soit du sérum anti- lymphocytaire,
soit un inhibiteur du récepteur de l’interleukine 2,
les patients bénéficient, à vie,
d’une triple immunosuppression qui associe une anticalcineurine
(ciclosporine ou tacrolimus), des corticoïdes à dose
faible (arrêté chez
les enfants) et d’un inhibiteur du cycle cellulaire (azathioprine
ou mycophénolate
mofétil). Plus récemment, et après obtention
d’une cicatrisation complète, un inhibiteur des mTOR
(Everolimus ou Sirolimus) peut remplacer les deux produits majeurs.
Bien entendu,
cette immunosuppression doit être
surveillée et adaptée selon l’état clinique
du patient et les complications.
Ce tableau, trop rapide et
souvent un peu noir, de la transplantation pulmonaire ne
doit pas faire oublier qu’elle s’adresse à des patients jeunes
dont le pronostic vital est menacé dans les deux ans
et que les résultats,
en constante amélioration, restent nettement meilleurs
que ceux observés
dans le traitement du cancer du poumon.
Réf :
Orens
J.B et al. International guidelines for the selection of lung
transplant candidates : 2006 update – A consensus report from
the pulmonary scientific
council of the international society for heart and lung transplantation.
JHLT 2006;25:745-56.
Trulock
E.P. Registry of the International Society for Heart and Lung
Transplantation: twenty-fourth official Adult Lung and Heart-Lung
Report – 2007. JHLT 2007; 26:782-96 |
|