Déterminants
du coût de l'asthme |
| Créé le 01/03/2008 |
Auteur : C. Chouaid |
(Mis à jour le 01/03/2008) |
| |
|
|
| |
|
|
Le coût global de la maladie asthmatique a fait l’objet
de nombreuses études.
Aux Etats Unis, ce coût est estimé à 5,8 milliards de
dollars dont 5,1 milliards de coûts directs. En France, l’asthme touche
3,5 millions de personnes et son coût global est estimé à 1,5
milliards d’euros. Les principaux déterminants de ce coût sont
la sévérité et le contrôle de la maladie (1). En
France, les études populationnelles montrent que près de 50
% des patients ont un asthme stade I et que les stades II, III et IV représentent
respectivement 25 %, 17 % et 9 % des cas. Les stades les plus sévères
ont une consommation plus importante de soins et un recours plus fréquent à l’hôpital.
Dans une cohorte de patients asthmatiques suivis par des pneumologues (2),
en fonction des stades, le nombre moyen annuel de consultations chez un
médecin
généraliste varie de 1,56 à 7,48, le nombre de consultations
chez un spécialiste de 2,41 à 7,70 et le coût moyen des
soins ambulatoires de 264 à 2782 euros. La part relative des coûts
indirects (absentéisme au travail ou scolaire) est également
plus importante chez les asthmatiques sévères. L’hospitalisation
est responsable de plus de la moitié des coûts et 10 % des patients
sont responsables de 50 % des coûts. Les comorbidités sont également
un élément important de ces coûts. En France, le coût
direct d’une hospitalisation pour « asthme », chez un patient
adulte de moins de 70 ans, sans comorbidité est de 1900 euros ; il
passe à 3500 euros en cas de comorbidité associée (données
2006).
La qualité du contrôle de la maladie est une autre composante
importante du coût. Ainsi, une modélisation médico-économique
(3) réalisée à partir des données de la littérature,
montre que le coût moyen annuel d’un patient asthmatique est de 631 ± 299
euros : 298 euros pour les patients stables mais respectivement 1052 et
3811 euros pour les patients ayant fait au moins une crise et ceux hospitalisés
dans l’année. Selon ces résultats, les actions améliorant
le contrôle de la maladie en ambulatoire (prévention et gestion
des crises) permettent une plus importante réduction des coûts
moyens que les actions réalisées chez les patients vus aux urgences
ou hospitalisés.
Importance des pratiques et du respect des recommandations (1)
Les coûts de l’asthme dépendent des modalités de prise
en charge qui varient en fonction des systèmes de santé et
des pratiques. Malgré la publication régulière de recommandations,
en France, comme dans la plupart des pays industrialisés cette prise
en charge reste insuffisante : traitement souvent sub-optimal, gestion
non prévue des crises et actions insuffisantes d’éducation
pour la santé. Ces éléments influent de manière
importante sur les coûts ambulatoires. Ainsi avoir un traitement jugé inadapté,
ne pas avoir de traitement de fond, ne pas prendre de traitement en cas
de crise diminue les coûts ambulatoires de respectivement de 11%,
28% et 22% mais augmentent considérablement (+25 %) les coûts
liées
aux hospitalisations. De même les patients non observants ont des
coûts
en ambulatoire plus faibles (-12 %) dus essentiellement à des coûts
moindres (-10 %) en médicaments, mais avec un risque beaucoup plus
important d’hospitalisation. Le déficit de recours aux soins peut
parfois être
extrêmement important. Une étude sur un échantillon
représentatif
de 961 patients asthmatiques de la région Centre montre que, pendant
l’année de l’étude, 93 % des patients ont consulté un
médecin généraliste, en moyenne 3 fois par an, 47 %
déclarent
avoir consulté au moins une fois dans l’évolution de leur
maladie un pneumologue (0,7 visite par an), 21 % un allergologue ; 30
% n’ont jamais
eu d’EFR ; dans l’immense majorité des cas, il n’y a pas de gestion
de la crise a priori. En cas de crise, 52 % des patients feraient appel à un
médecin généraliste mais plus du tiers (35 %) ne savait
que faire (3). En revanche, l’amélioration de la qualité de
prise en charge augmente les coûts ambulatoires. Ainsi un suivi médical
par un pneumologue, la mise en place de programmes d’éducation personnalisée
et une meilleure prescription de glucocorticoïdes inhalés entraîne
des surcoûts par augmentation du poste médicamenteux.
D’autres facteurs augmentent les coûts des soins ambulatoires mais de
manière moins importante et moins clairement établie. Ces facteurs
sont l’âge, le fait d’être une femme, une hospitalisation dans
l’année, la perception d’être en mauvaise santé, l’obésité,
une maladie chronique associée à l’asthme, une prise en charge
en affection de longue durée ou par l’Aide Médicale Etat.
En ce qui concerne les coûts hospitaliers, le principal déterminant
est la sévérité de la maladie. Le recours aux urgences
est significativement différent en fonction du stade de la maladie,
variant en France de 7 % à 22 % en fonction des stades. Il en est
de même pour le taux d’hospitalisation qui varie de 1,9 % à 15
%. Enfin, la durée moyenne de séjour est significativement
liée à la
sévérité de la maladie. Les autres facteurs ont un rôle
moins important et moins bien établi : il s’agit de l’âge, des
co-morbidités et le fait d’avoir un traitement jugé inadapté à l’admission.
Comment diminuer les coûts liés à l’asthme
?
Le respect des recommandations de pratique clinique, l’observance et donc
la qualité des programmes d’éducation pour la santé sont
des éléments importants de maitrise des coûts liés à l’asthme.
Ils permettent une diminution significative des hospitalisations, des passages
aux urgences, des visites médicales non programmées et de
l’absentéisme
professionnel ou scolaire. Il faut également insister sur une meilleure
prise en charge des co-morbidités, fréquemment associées
à l’asthme : facteurs psychologiques, pathologies associées
(sinusite, reflux gastro-oesophagien, infections respiratoires, affections
dermatologiques).
L’organisation des soins (réseaux entre différents partenaires
de santé) améliore également la qualité de
prise en charge et diminue les dépenses de soins engendrées
par les patients asthmatiques, notamment en diminuant les hospitalisations.
Enfin,
l’accessibilité aux soins des personnes les plus défavorisées
est probablement aussi très coût efficace.
|
Réf :
Laforest
L, Com-Ruelle L, Devouassoux G, Pison C, Van Ganse E. Aspects économiques
de l’asthme sévère. Presse Med 2008;37:117-28
Godard P, Chanez P, Siraudin L, Nicoloyannis N, Duru G. Costs of
asthma are correlated with severity: a 1-yr prospective study. Eur
Respir J 2002;19:61-7
Chouaid C,
Vergnenegre A, Vandewalle V, Liebaert F, Khelifa A. Coûts de
l'asthme en France : modélisation médico-économique
par un modèle de Markov. Rev Mal Respir 2004;21:493-9
|
|